Après avoir goûté du Shakespeare en montant, l'été dernier, un Roméo et Juliette décapant, le Théâtre populaire d'Occitanie, Comédie de la Mandoune, revient sur les planches avec une pièce sociale, œuvre d'un auteur Autrichien des années 30. Proche, dans l'esprit, d'un Berthold Brecht, Jura Soyfer est mort en 1939 à Buchenwald d'avoir trop raillé. Il est d'ailleurs plaisant, même si c'est le pur fruit du hasard, de voir revenir à l'affiche un auteur contestataire autrichien, au moment même où l'Autriche renoue avec ses vieux démons. Dans les années 30, l'Europe est en proie à une crise violente. Edi au Paradis s'inscrit dans ce théâtre social, critique d'une société manichéenne dans laquelle on est soit riche, soit pauvre, et plus souvent pauvre que riche. Chômeurs plutôt genre longue durée, Edi Lechner et sa copine Fritzi cherchent à comprendre les raisons de la crise, et ce faisant, à réparer les dégâts. Pour Edi, les coupables sont les machines qui volent le travail aux hommes et remplissent les poches des patrons. Errant sur le trottoir, il tombe justement sur Peppi, machine-robot avec laquelle il travaillait dans son usine de chaussures. Le robot qui parle et clignote, lui apprend qu'il vient lui-même de se faire lourder. Grâce à la machine, Edi et Fritzi s'envolent vers le passé, à la recherche des savants, pour les empêcher d'inventer l'électricité, l'imprimerie ou l'Amérique. Christophe Colomb, Gutemberg... Ils s'immiscent dans l'histoire, et tentent, sans succès, d'en changer le cours. D'anachronisme en anachronisme, la pièce qui se nourrit d'effets comiques, fait remonter les trois personnages jusqu'aux portes du paradis. Edi intercède auprès de la secrétaire du bon Dieu pour qu'il ne crée pas l'homme. Fritzi, qui a rencontré l'amour, n'est pas pour. Oui, ou non ? Cette contradiction inspire finalement le Créateur qui accouche d'un homme capable du meilleur comme du pire. Si l'idée de la machine cause du chômage date un peu, la conclusion ouvre des portes que l'humanité n'a pas fini de franchir. Adapté aux circonstances de l'an 2000 par Philippe Moitron et François Henri Soulié, le texte de Soyfer continue étrangement de nous parler. Neuf comédiens se partagent la distribution, et la mise en scène est signée du maître lui-même, Jean Durozier. Un spectacle à voir, pour rire et penser.Daniel ADOUE La Dépêche du Midi.