L'anachronisme n'est jamais innocent chez Soyfer. Source de comique, la remontée dans le temps s'accompagne d'une critique de l'idée de progrès.
Ce voyage à rebours a pour but avoué d'arrêter le progrès à ses origines, afin de combattre à la source les effets néfastes, visibles par exemple dans le chômage d'Edi, remplacé par une machine, et dans le chômage du "moteur" devenu inutile en raison de la crise économique mondiale.
Si les moyens utilisés pour convaincre les inventeurs de renoncer à leur invention relèvent du cabaret, la mise en accusation de l'idée de progrès est constante. Ainsi, il est absurde de voir Edi, électricien au chômage, demander à GALVANI s'il a besoin de ses services, alors que l'électricité n'est pas inventée. Pour lui montrer les effets néfastes de l'invention à venir, Edi montre à Galvani, découvreur de l'existence de courants électriques dans l'organisme, une facture d'électricité impayée. Ne reculant pas devant un anachronisme supplémentaire, Edi propose à Galvani d'inventer autre chose, par exemple les rasoirs gilette, ou toute autre invention dont il lui remet un catalogue.
L'anachronisme confine à l'absurde, lorsqu'Edi apparaît en tant que témoin au procès de Galilée, pour y faire une fausse déposition et affirmer que la terre ne tourne pas. Le "moteur" intervient dans le cours de l'histoire, en bâillonnant Galilée alors que ce dernier s'apprête à prononcer les paroles célèbres "Et pourtant elle tourne", mais ne peut terminer sa phrase. Edi utilise des moyens analogues lorsqu'il amène Christophe Colomb à renoncer à la découvert du Nouveau Monde, après qu'il eut découvert... le visage des américains du 20ème siècle. Et c'est encore le "moteur" qui bâillonne la vigie sur le point de crier "Terre". Et Gutenberg qui parle en vers, renonce à l'invention de l'imprimerie après avoir lu le journal, tant la presse lui semble véhiculer des contrevérités.