EDI AU PARADIS
Fable divertissante

      C'est la quête de deux chômeurs pour comprendre les raisons de cette crise économique (et morale?) qu'ils subissent si durement depuis des années. Jura Soyfer répond de façon originale, en mettant en scène le long enchaînement des inventions dont les dysfonctionnements entraînent les crises économiques que nous connaissons aujourd'hui.
      Edi et Fritzi vont donc remonter le temps et partir à la rencontre des grands savants et inventeurs de notre civilisation. Tout ceci grâce à la connivence d'une machine: la machine à remonter le temps, "Etre" doué de parole, qui montre à l'homme son manque de logique face au monde. Voyage initiatique ou simplement rêve de SDF que le manque de nourriture fait délirer, peu importe, ce long périple finit devant les portes du Paradis où la question de la création de l'être humain reste posée. Un texte plein d'humour et de poésie qui n'a rien perdu de son actualité.
      EDI AU PARADIS est sans doute l'une des pièces les plus fantastiques de Jura SOYFER, qui reprend l'idée du voyage dans le temps, vers le passé ou vers l'avenir, déjà utilisée par les auteurs du théâtre populaire viennois. Mais dans la tradition viennoise, ces voyages dans le temps ne mettent pas l'histoire du monde en jeu; le monde social est immobile, immuable et le héros est projeté dans le temps, de sorte qu'il vient à résipiscence et accomplit sa "Besserung". Dans EDI AU PARADIS, le voyage dans le temps est rendu possible grâce à la création d'une machine parlante, "le moteur", qui veut se faire appeler PEPI par Edi et Fritzi. Le but du voyage n'est cependant pas de nature morale, il vise plutôt l'intelligence des choses, la conscience.
      Au début de la pièce, Edi incrimine la machine qu'il tient pour responsable du chômage; tout ceci pour apprendre de la machine "chômeuse" que sa colère se trompe d'objet.
      Ici, SOYFER sacrifie la logique à la théâtralité, car la surproduction liée à la mécanisation est bel et bien la cause du chômage d'hier et d'aujourd'hui. L'homme et la machine ne font pas partie du même camp, ils n'ont pas les mêmes problèmes. Le simple fait que certaines machines doivent chômer en attendant les ordres ne changent rien à l'affaire. Dès que les temps changeront et dès que les gens auront de nouveau de l'argent à dépenser, la machine sera remise en marche et le problème de la surproduction resurgira.
      Mais SOYFER a autre chose en tête: s'il suspend la réalité, c'est dans le but d'introduire dans sa pièce un personnage imaginaire amusant et théâtral.
      Avec l'aide de la machine, Edi et ses amis décident de trouver le coupable du chômage. Au cours de leur recherche, ils remontent le temps pour essayer d'empêcher les inventeurs d'inventer les techniques qui conduisent aux machines qui, quoique disculpées plus haut, sont désormais reconsidérées à juste titre comme l'ennemi. Ils tentent de dissuader Galvani d'inventer l'électricité, Gutenberg de créer l'imprimerie et Christophe Colomb de découvrir l'Amérique. En réponse, les savants avancent tous le même argument: on n'arrête pas le progrès. Edi arrive aux portes du paradis avec ses amis lorsque dans un accès de désespoir, il essaie d'empêcher la création de l'homme. Il arrive trop tard: il ne reste plus qu'à programmer les individus. Puisqu'Edi est contre la création de l'homme et puisque Fritzi se montre pour, les humains hériteront - et c'est là où Soyfer voulait en venir dès le début - d'une personnalité divisée, contradictoire. Il leur appartient de résoudre cette contradiction.